Ces éditeurs qui n’ont rien compris au web…

Comme tout le monde, j’ai lu et apprécié le long billet de François Bon sur un Internet de littérature.

Même si j’admire cet excellent travail de synthèse et félicite ainsi l’auteur pour la qualité de sa réflexion, je souhaite revenir sur un point délicat…

A propos des mini-sites associés à la parution d’un ouvrage, il précise que…

le réflexe en la matière reste de payer pour fabriquer un site tape à l’oeil bien nul plutôt qu’essayer de collaborer avec les sites existants et ce qu’ils capitalisent d’expérience rédactionnelle

A mon sens, plusieurs raisons expliquent ce réflexe, parmi lesquelles on pourrait citer une certaine volonté de transparence…

Ainsi, le comportement des éditeurs reflète davantage un respect des lecteurs (oui ce site est une initiative marketing pour augmenter les ventes) qu’une absence de stratégie face aux nouveaux influenceurs (non, on ne fera pas de récupération ou de lobbying auprès de certains bloggeurs).

Plusieurs options sont par contre possibles en termes de partenariat marketing, mais il semble qu’une perspective de long terme consiste (aussi) à jouer profil bas, et ainsi laisser la blogosphère réagir naturellement à une nouvelle parution.

On évite ainsi le clash habituel entre ces deux mondes que sont celui de l’édition (rentabilité) et des blogs (passion). Voir à ce sujet l’excellent billet et les nombreux commentaires d’Eric Dupin sur la délicate question des publi-rédactionnels dans les blogs.

Temps, expertise, résultats

Par ailleurs, une fois la machine rôdée il est souvent plus efficace d’envoyer un cahier de charges pour créer un Xème site compagnon que de passer des semaines à analyser le fonctionnement des sites et blogs concernés.

Quand on ajoute à cela le manque crucial de résultats chiffrés de telles initiatives, on comprend que de nombreuses maisons d’édition n’aient pas encore franchi le pas.

Ce qui ouvre de belles perspectives pour chacun d’entre nous!

6 comments so far

  1. Hubert Guillaud on

    Il n’y a pas qu’un internet de littérature…

    Assez d’accord sur cette distinction. Le web et l’édition est composé de multiples niches et les démarches se superposent les unes aux autres. On parle différemment, pas au même endroit, pas auprès du même public du dernier Musso http://www.guillaumemusso.com et du prochain François Bon…

    Le site de promotion a aujourd’hui une première fonction, qui est d’être un support pour mesurer les clics de la publicité online (qu’on fera, selon ses cibles, sur Libé.fr ou sur Skyblog…). Sa seconde est souvent de récupérer des adresses e-mail afin de pouvoir « spammer » les lecteurs : « si vous avez aimé untel, vous allez aimé tel bouquin ». J’avoue que cette seconde pratique là, me laisse assez sceptique. Je me dis qu’il y aurait bien d’autres choses à faire que de demander aux gens leur mail (et leur adresse me semble bien plus intéressante par exemple, pour leur envoyer de la doc papier si on doit parler de livre, d’objet donc). Par exemple, leur suggérer d’ajouter le livre à leur caddie Fnac, à leur whislist Amazon, leur permettre d’en parler en ligne, de tchater avec l’auteur, d’avoir des interactions avec d’autres lecteurs qui ont aimé ou pas le livre, etc. Il me semble plus fort et plus intelligent d’essayer de toucher 1 million de personne par une publicité vidéo que collecter 2000 e-mail via un site promotionnel. Mais je peux me tromper – l’impact derrière, c’est-à-dire l’achat, est-il le même ? – et les personnes touchées ne sont pas les mêmes bien sûr.

    La collaboration avec les sites existants a lieu, mais ce ne sont pas les sites que croise François : c’est de la pub sur des blogs ou des sites adhoc, et comme la pub n’est pas pour des produits littéraires, cela ne croise donc pas l’internet littéraire, mais un autre internet, cqfd.

  2. FB on

    tout à fait d’accord avec votre analyse, bien sûr, même si je m’étais mal exprimé dans ce billet rédigé à chaud – je me souviens d’un article récent où un éditeur parisien chiffrait ces « mini sites » uniquement conçus comme publi-marketing – et je ne pensais pas à remplacer ça par « publi-rédactionnel » dans blogosphère, juste évoquer peut-être le besoin progressif d’une prise en compte de ce qui s’ébauche de rigoureux et de neuf de notre côté des blogs ? tout ça plein de questions, dans un contexte en pleine évolution – et merci au passage pour « isbn », depuis longtemps dans mon Netvibes

  3. Virginie Clayssen on

    Moi aussi j’ai lu avec intérêt l’article de F. Bon. Et me suis fait la même réflexion qu' »isbn ». Nous sommes un certain nombre à mener de front un travail que l’on pourrait qualifier de « lié aux développements numériques » dans différentes maisons d’édition, tout en tenant par ailleurs un blog. Nous séparons bien entendu nos activités. Cette séparation est passionnante, en réalité. Elle accompagne notre réflexion active sur les modèles économiques, nos explorations et nos questionnements à propos des nouveaux sites de réseaux sociaux, du développement des widgets, des avancés du papier électronique… Nos agrégateurs nous racontent ce qui s’invente au Japon ou aux USA : romans sur mobiles, vente d’ouvrages au chapitre, web marketing très actif. Nous sommes forcément dans l’ambivalence, attachés au papier comme à l’électronique, un peu geeks, un peu prudents aussi. Nous sommes dans l’entre-deux, dans l’inconfort excitant de l’entre-deux, entre le monde ultra rapide des technologies qui n’ont aucune patience, et le monde nécessairement plus lent du « contenu », et le monde encore plus lent de l’éducation (en ce qui me concerne). Nous réfléchissons au libre, au « contenu produit par les utilisateurs », à la gratuité, à la façon dont évolue le concept d' »autorité », nous lisons Affordance et Tiers Livre… Nous ne nous ennuyons pas dans la Bouquinosphère.

  4. Eric on

    Discussion intéressante!

    Hubert, tu as bien fait de préciser qu’il existe autant de niches éditoriales que d’orientations marketing.

    François, content d’apprendre que l’on souhaite chacun une prise en compte des blogs dans les projets éditoriaux.

    Virginie, merci d’avoir rappelé que nous avons encore beaucoup de billets à publier, qu’ils émanent finalement de notre côté geek ou professionnel…

  5. […] une maison d’édition et à blogguer le soir… L’auteur du blog  isbn réagit, de ce double point de vue de blogger et de “travailleur de […]

  6. FB on

    merci, je découvre, même si je pratique isbn, archicampus et quelques autres… est-ce que quelqu’un pourrait faire petit inventaire ici de ces blogs « liés à l’édition », ou me transmettre par mail ? c’est vraiment par curiosité, et parce que côté auteur cette « séparation » évoquée n’a pas de sens… tâcherai d’être présent à bouquinosphère 2 (suis provincial comme HG) – vais retourner voir avec plus de détails les liens d’archicampus – tout ça évolue très vite et tant mieux


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