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Waterstones lance (enfin) son nouveau site

Waterstones – l’incontournable English bookstore – vient (enfin) de lancer son site web! Plusieurs années après sa vitrine en ligne installée sur la plate-forme d’Amazon UK, le libraire arrive aujourd’hui avec un site très en vague avec les technologies actuelles.

Petit tour d’horizon…

  • une charte graphique simple, moderne et élégante,
  • jusqu’à 3 niveaux de mise en avant des ouvrages en home page, dont le plus important reprenant une photo du livre en 3D,
  • des fiches détaillées qui se chargent très vite, en ce compris toutes les sous-sections, en une seule fois,
  • beaucoup de commentaires et critiques, émanant autant de leurs libraires que d’autres références dans le milieu,
  • un bel outil see inside reprenant quelques images du livre présenté sur des milliers d’ouvrages,
  • quelques interviews videos « Meet the author!, comme ici avec Joanne Harris,
  • des liens directs vers chacun des autres livres du même auteur,
  • une section Ask a bookseller!, petit formulaire en ligne fort bien étudié, pour trouver un livre précis ou obtenir des recommandations avec réponse en 48h,
  • …et une rubrique d’aide particulièrement bien enrichie.

Noter par contre quelques surprises comme la relative discrétion de leurs newsletters (on ne les voit qu’en créant un compte), l’obligation d’utiliser une carte de crédit reprenant le même nom que sur l’adresse de facturation, ou encore le manque de clarté sur les frais de port en dehors du Royaume-Uni (£4,98 pour la version poche du Da Vinci Code envoyée en France).

Les bons exemples de design – ERPI

Après la France (La Découverte) et l’Allemagne (de Gruyter), j’ai sélectionné un éditeur du québecois avec le site des éditions EPRI et une page de choix de niveau particulièrement réussie, qui va à l’essentiel tout en restant très visuelle.

Screenshot Erpi

Creative Commons, ou le copyright revisité

Les droits d’auteurs dans l’ère du libre

L’émergence de la philosophie du « libre » incite aujourd’hui de nombreux auteurs amateurs ET professionnels à se tourner vers des licences moins restrictives en termes de copyright (certains droits réservés). Qu’elles touchent les secteurs de la musique, de la vidéo, de la photo ou même le monde du livre, toutes ou presque se calquent sur les licences d’utilisation développées par Creative Commons, organisation non lucrative qui propose gratuitement des contrats flexibles de droit d’auteur pour diffuser des créations:

Simples à utiliser et intégrées dans les standards du web, ces autorisations non exclusives permettent aux titulaires de droits d’autoriser le public à effectuer certaines utilisations, tout en ayant la possibilité de réserver les exploitations commerciales, les oeuvres dérivées ou le degré de liberté (au sens du logiciel libre). Ces contrats d’accès ouvert peuvent être utilisés pour tout type de création : texte, film, photo, musique, site web…

Les 6 licences proposées en droit français résultent des 4 options suivantes, explicitées ici:

  • Paternité
  • Pas d’Utilisation Commerciale
  • Pas de Modification
  • et Partage à l’Identique des Conditions Initiales

Noter aussi que la première des conditions communes à chaque contrat impose d’offrir une autorisation non exclusive de reproduire, distribuer et communiquer l’oeuvre au public à titre gratuit, y compris dans des oeuvres dites collectives.

(Voir l’excellente illustration du principe des licences ici sous forme de petite BD)

Par ailleurs, le fait que Microsoft ait décidé d’inclure dans les versions a venir de Word, Excel ou Powerpoint un outil qui permettra d’ajouter automatiquement une licence Creative Commons pour protéger son oeuvre ne fera a priori que promouvoir encore le recours à ces licences…

Focus sur le secteur du livre

Les thèmes abordés dans les quelques ouvrages disponibles ainsi gratuitement concernent dans leur grande majorité l’émergence de cette philosophie du libre. Voir cette liste pour les titres en anglais, ou les exemples Cause commune : l’information entre bien commun et propriété publié chez Fayard et Utilisez Thunderbird 1.5! publié via le site d’auto-édition InLibroVeritas.

Par contre, pour les éditeurs de la maison The Friday Project, il est temps de d’intéresser de plus près à Creative Commons…

Although many publishers will throw up their collective hands in horror at the thought of giving away content (see the ongoing Google debate) is it really such a bad idea?

At The Friday Project, we don’t think so. On Monday we released the creative commons edition of Blood, Sweat and Tea, a book based on the blog of Tom Reynolds a London EMT who has been writing about his life and work for the last three years. The publication of the online version coincides with the print edition and we believe that by offering the book in this way we will widen its audience and so increase the potential market for purchases of the print version.

Tim O’Reilly once said ‘Obscurity is a far greater threat to authors and creative artists than piracy’ and I agree. Certainly, as far as this book is concerned, obscurity is not a problem. Already the launch of the CC version is generating comment across the web, including the highly influential Boing Boing and the Telegraph blog which states ‘it’s encouraging to see a publisher taking such an innovative approach. It’s the ones who experiment that will survive the online world, not the ones who stick rigidly to the traditional business models’.

(via le blog de Richard Charkin)

Noter que dans ce cas-ci (un « blook », livre issus de blog), auteur et éditeur n’ont pas réellement eu le choix au sens où une grande partie du contenu est déjà disponible en Creative Commons sur le blog initial.
On constate toutefois que d’autres marchés sont parfois touchés, par exemple:

  • BD : voir ce post qui met en évidence la BD canadienne Empty Words
  • Science Fiction: voir le site de Cory Doctorow qui offre tous ses romans en téléchargement Creative Commons
  • Education : voir notamment les ressources pédagogiques de La Classe numérique (Cité des sciences et de l’industrie).

Autoédition et Print On Demand

luluLulu

A l’image de Lulu dont la version française a été lancée fin juin de cette année, les sites dédiés à l’auto-publication commencent à trouver leurs auteurs. Ils pourraient même à terme concurrencer certaines maisons d’édition.

Lulu.com fonctionne à la fois comme une place de marché et comme un service d’autoédition, où tout le monde peut envoyer ses fichiers, des textes principalement, et recevoir ensuite un livre, à la quantité souhaitée, fabriqué par la société.

Voir ici un billet en français concernent un test du service.

Parmi les principaux facteurs qui ont apparemment déclenché cet engouement, on peut citer:

  • percée du large bande et meilleur équipement “internet” des foyers
  • simplicité des plates-formes de blogs comme outils de pré-publication
  • réduction des coûts d’impression à domicile
  • avancée des technologies d’impression numérique
  • notoriété des agrégateurs tels Amazon et Fnac.com
  • reversements de 80% de droits d’auteurs

Cette démocratisation des outils de publication (et donc la suppression des principales barrières à l’entrée) aura probablement pour conséquence une augmentation de la masse des livres publiés, mais aussi une diminution moyenne de la qualité de ceux-ci.

Le point de vue du libraire

Selon, Scott Pack, ancien acheteur en chef chez Waterstones (UK) interviewé ici, les 2 principaux avantages de cette percée de l’auto-publication sont les suivants:

  1. Comme les agents et éditeurs deviennent de plus en plus “inattaquables”, c’est une excellente occasion de découvrir de nouveaux auteurs.
  2. Les technologies de POD pourraient signifier qu’un livre ne sera plus jamais épuisé, notion qui disparaîtra du vocabulaire éditeur

…mais les points négatifs lui semblent prendre davantage d’importance:

  1. Dans l’immense majorité, ces “nouveaux” ouvrages seront de mauvaise qualité puisqu’il s’agit de textes refusés par des maisons d’édition classiques. Le filtre ou contrôle qualité est ainsi supprimé.
  2. Si les livres ne sont jamais plus épuisés, les éditeurs pourront alors garder leurs droits indéfiniment. (Dès qu’un livre est épuisé pour une longue période, un auteur peut réclamer ses droits et en être à nouveau propriétaire à 100% pour en faire ce qu’il veut, y compris aller chez un autre éditeur.)

Scott Pack termine par dire qu’il apprécierait personnellement que chacun puisse commander tout livre qui aurait été édité à un moment donné, et le recevoir via POD. Par contre, il doute que les bouquinistes soient du même avis… (Noter que ceux-ci sont tout de même en train de prendre leur revanche face aux éditeurs grâce au programme d’Amazon pour vendre leurs stocks via le libraire en ligne – exemple).

Point de vue d’un auteur

Même si le lectorat visé est clairement orienté web, on peut tout de même s’inquiéter des propos d’Olivier Andrieu, spécialiste du référencement en France et futur auteur:

Je vais réaliser un livre en septembre sur l’optimisation des pages Web, car il y a une demande extrêmement forte sur ce sujet. Je compte le vendre en ligne au format PDF. Ensuite, je ferai peut-être une remise à jour six mois plus tard, que je publierai en format papier.

Quid si finalement il décidait de ne pas éditer de version papier?

Nouvelles opportunités pour anciens éditeurs

Si l’auto-édition peut à terme se révéler dangereuse, plusieurs opportunités s’ouvrent tout de même aux éditeurs:

  • republier en électronique les ouvrages épuisés
  • personnaliser le contenu (par exemple en insérant de la publicité comme Free Load Press – article ici, et encore )
  • toucher plus facilement le marché des livres en grands caractères et profiter ainsi de la cible des internautes « séniors » qui bénéficie de la plus importante croissance en 2006
  • développer des “sous-marques” ou filiales, qui permettraient de publier plus d’articles (en réduisant probablement la qualité) mais uniquement en version électronique ou POD, tout en bénéficiant de l’expérience de l’édition professionnelle
  • réduire considérablement leurs coûts de stockage puisqu’à terme, et en fonction des améliorations des coûts et de la technologie POD les ouvrages ne devront plus être stockés « physiquement » mais simplement « électroniquement »
  • publier en “morceaux” les ouvrages actifs qui seraient a priori trop vastes ou trop volumineux pour leur cible (ex.: Themis, Pearson Australia, Kluwer, Houghton Miflin, etc.), que ce soit en PDF ou via un partenaire de POD

…ce qui rejoint l’extrait de cet article du Washington Post sur le caractère controversé du projet Google Library:

Everyone involved agrees that search helps people discover books they want. Everyone also agrees that in an ideal world, once those books are found, there’d be a quick way for the finders to pay to access the actual text — all of it or just part of it, whatever they need.

Wikipédia

WikipediaSur le marché des encyclopédies générales et/ou spécialisées, il ne fait aucun doute que l’existence de Wikipédia aura des effets relativement néfastes dans le monde de l’édition « commerciale ».

The Long Tail

Quelques remarques intéressantes sur la version en anglais, basées sur le chapitre 5 de The Long Tail:

Sur les 1000 sujets les plus populaires (César, 2ème guerre mondiale, etc.) Wikipédia dispose des avantages suivants faces aux offres commerciales telle Britannica:

  • possibilité d’être constamment à jour,
  • avoir une taille d’article illimitée,
  • recours à l’infini d’aides visuelles (photos, graphiques, voire même animations),
  • listes de liens vers d’autres sources sur le web,
  • et peut-être de meilleures mises en avant des opinions alternatives et parfois controversées.

Pour ces mêmes entrées populaires que de nombreux internautes suivent de près, Wikipédia fait preuve d’une résistance remarquable au vandalisme. Une étude d’IBM a ainsi prouvé que le temps moyen de rectification d’une « erreur » de ces 1000 pages les plus importantes (ex.: Islam) est de 4 minutes seulement (là où Britannica attendrait sa nouvelle édition).

Wikipédia sur « le PC à 100 dollars »

Notée aussi que la concurrence est également assez forte en termes d’image puisque « l’encyclopédie collaborative Wikipédia sera intégrée dans les « PC à 100 dollars », ordinateurs portables destinés aux enfants des pays émergents, mis au point dans le cadre du programme One Laptop per Child (OLPC). C’est ce qu’a annoncé ce week-end la Wikimedia Foundation, lors de la conférence Wikimania près de Boston. Cette conférence annuelle rassemble les contributeurs de l’encyclopédie, ses dirigeants et les utilisateurs de la technologie wiki.
source JDN